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La puissance des super-propagateurs

Une poignée de comptes suffit à faire circuler l'essentiel des fausses informations. Ce n'est pas une intuition : c'est mesuré.

Simulation calibrée sur trois études parues dans Science.
Voir les chiffres et la méthode →

Comptes touchés0
du réseau0 %
Partages venant des 5 comptes—

Courbes de diffusion comparées

Ce n'est pas le contenu d'un message qui décide de sa portée, c'est la position de celui qui le publie. Trois grandes études parues dans Science mesurent la même chose, chacune à sa manière : une fraction minuscule de comptes fait circuler l'essentiel des fausses informations. Cette page met ce résultat en mouvement.

Comment lire l'objet

Chaque point est un compte. Les traits sont des liens d'abonnement. Les cinq gros points qui battent lentement sont des super-propagateurs : cinq comptes sur mille cinq cents, soit 0,3 % du réseau — la proportion mesurée par Baribi-Bartov et ses collègues en 2024.

Quand la rumeur part, on voit les messages voyager le long des liens, point par point. L'arbre de diffusion se dessine derrière, en orange. Les passages d'une communauté à l'autre ressortent en blanc : ce sont les ponts, et c'est souvent eux qui font basculer une rumeur d'un petit cercle vers tout le reste.

Cliquez n'importe quel compte pour faire partir l'information de là. La plupart des comptes ordinaires ne déclenchent rien du tout : la rumeur meurt au bout de deux ou trois partages. C'est le cas le plus fréquent, et c'est justement ce qui rend les rares cascades spectaculaires si trompeuses.

Ce qui est mesuré

Vosoughi, Roy & Aral · Science · 2018

126 000 cascades de rumeurs, 3 millions de personnes, 4,5 millions de messages. Une fausse information est 70 % plus susceptible d'être repartagée. Le vrai met six fois plus de temps pour atteindre 1 500 personnes. Et les robots accéléraient le vrai et le faux à égalité : la différence vient des humains.

10.1126/science.aap9559 →
Grinberg et al. · Science · 2019

16 442 comptes appariés aux listes électorales pendant la présidentielle de 2016. 0,1 % des comptes ont partagé 81 % des fausses informations, et 1 % des comptes ont concentré 80 % des expositions.

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Baribi-Bartov, Swire-Thompson & Grinberg · Science · 2024

664 391 électeurs suivis en 2020. 2 107 comptes — 0,3 % — à l'origine de 80 % des fausses informations, touchant 5,2 % des électeurs inscrits présents sur la plateforme. Volume non automatisé : du retweet manuel et obstiné.

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Ce qui ne l'est pas

Le réseau affiché est fabriqué. Ce n'est l'image d'aucun réseau réel : ce sont les réglages qui viennent des études. Et une combinaison sort du cadre de ce qui a été mesuré : aucune de ces études n'a comparé ce que devient une information vraie selon qu'elle est publiée par un gros compte ou par un petit. Les deux travaux sur la concentration ne portent que sur les fausses informations. La case « info vraie publiée par un super-propagateur » est donc une extrapolation — la page le signale d'elle-même quand on la sélectionne.

Un seul chiffre n'est pas décidé à l'avance : « partages venant des 5 comptes ». Il est recalculé sur la cascade affichée à l'écran. Qu'il retombe autour de 70 % là où les études mesurent 80 %, c'est le signe que la mécanique reproduit le bon ordre de grandeur.

Ce que disent les études

⚠  En un mot : l'écart vrai / faux est mesuré. La concentration des partages sur une poignée de comptes est mesurée. Mais le croisement des deux ne l'est pas — les études de concentration ne portent que sur les fausses informations.

Le réseau affiché est simulé. Les paramètres qui le font vivre — vitesse, probabilité de repartage, concentration des partages sur une poignée de comptes — sont repris de trois travaux publiés dans Science.

Une poignée de comptes fait circuler presque tout

Baribi-Bartov, Swire-Thompson & Grinberg, Science, 2024 · 10.1126/science.adl4435

  • Sur un panel de 664 391 électeurs américains suivis pendant la présidentielle de 2020, 2 107 comptes — soit 0,3 % — sont à l'origine de 80 % des fausses informations partagées.
  • Ces comptes ont touché 5,2 % des électeurs inscrits présents sur la plateforme.
  • Leur volume n'était pas automatisé : du retweet manuel, obstiné, à la main. Ce ne sont pas des robots.

La même concentration, quatre ans plus tôt

Grinberg, Joseph, Friedland, Swire-Thompson & Lazer, Science, 2019 · 10.1126/science.aau2706

  • Sur 16 442 comptes appariés aux listes électorales pendant la présidentielle de 2016, 0,1 % des comptes ont partagé 81 % des fausses informations.
  • 1 % des comptes ont concentré 80 % des expositions.
  • Les fausses informations représentaient environ 6 % de la consommation d'information politique — l'écrasante majorité venait de sources classiques.

Le faux va plus vite, plus loin, plus profond

Vosoughi, Roy & Aral, Science, 2018 · 10.1126/science.aap9559

  • 126 000 cascades de rumeurs, partagées par 3 millions de personnes en plus de 4,5 millions de messages, entre 2006 et 2017.
  • Une fausse information est 70 % plus susceptible d'être repartagée qu'une vraie.
  • Le vrai met six fois plus de temps que le faux pour atteindre 1 500 personnes, et vingt fois plus pour atteindre dix niveaux de partage.
  • Le 1 % de cascades fausses les plus larges touche 1 000 à 100 000 personnes ; le vrai dépasse rarement 1 000.
  • Les robots accéléraient le vrai et le faux exactement pareil : la différence vient des humains.

Ce qui est mesuré, ce qui ne l'est pas. Il faut être net là-dessus, parce que les quatre cases de cette page n'ont pas toutes le même statut.

Mesuré : l'écart entre le vrai et le faux (Vosoughi et al. ont comparé 126 000 cascades réelles) — c'est de là que viennent le repartage 1,7 fois moins probable, la propagation six fois plus lente et le plafond de dix niveaux. Mesurée aussi : la concentration extrême des partages sur une poignée de comptes (Grinberg et al., Baribi-Bartov et al., sur des panels appariés aux listes électorales).

Non mesuré : le croisement des deux. Aucune de ces études n'a comparé ce que devient une information vraie selon qu'elle est publiée par un gros compte ou par un petit. La case « info vraie publiée par un super-propagateur » est donc une extrapolation : elle applique au même réseau deux effets établis séparément. C'est une hypothèse de travail, pas un résultat.

Le réseau lui-même est fabriqué : 1 500 comptes, cinq communautés, quelques ponts, cinq très gros comptes (0,3 %). Ce n'est l'image d'aucun réseau réel. Le compte ordinaire proposé par le raccourci est choisi pour être lisible — la plupart des autres font bien pire, cliquez-en quelques-uns pour voir. Seul le compteur « partages venant des 5 comptes » n'est pas écrit à l'avance : il est recalculé sur la cascade affichée, et s'il retombe autour de 70 à 80 %, c'est que la mécanique reproduit l'ordre de grandeur observé.

CONSTRUCTION DU RÉSEAU…